Curry japonais revisité : le roux fait maison en dix minutes
Alléger le geste : le roux industriel en tablette contient l’essentiel du goût. Le refaire soi-même en dix minutes, et pourquoi ça vaut le détour.
La cuisine de terroir et les histoires qui vont avec
Le cœur du repas, et la partie qui voyage le mieux. Un cassoulet, un tajine, un bibimbap ont tous changé de forme en changeant de mains — parfois de siècle, parfois de continent. J’essaie ici de retrouver ce chemin avant de me mettre aux fourneaux : d’où vient le plat, ce qu’il était, ce que le temps lui a pris ou donné. La recette vient après, avec le geste qui décide encore de sa réussite.
Alléger le geste : le roux industriel en tablette contient l’essentiel du goût. Le refaire soi-même en dix minutes, et pourquoi ça vaut le détour.
Le plat des bergers de la puszta cuit au chaudron, et le paprika américain arrivé par les Ottomans qui lui a donné sa couleur au XVIIIe siècle seulement.
Le récit d’un plat né dans les senzalas a été largement révisé par les historiens : la feijoada apparaît d’abord dans les restaurants de Rio au XIXe siècle.
Le poisson frit vient des juifs séfarades chassés du Portugal, la frite vient d’ailleurs, et l’industrie du XIXe les a mariés. Un plat national fait de deux migrations.
La béchamel a été ajoutée dans les années 1920 par Tselementes, un chef formé en France qui voulait européaniser la cuisine grecque. Le plat national est une francisation.
Alléger le geste : trois passages à la vapeur, c’est deux heures. Ce qu’on perd réellement en n’en faisant que deux, et ce qu’on ne perd pas.
Arrivé au Japon par la marine britannique, pas par l’Inde. Le détour colonial qui explique pourquoi le kare raisu ne ressemble à aucun curry indien.
Alléger le geste : la pâte de tamarin est introuvable partout. Quels acides jouent le même rôle, et lesquels donnent un plat différent.
Inventé par l’État thaïlandais dans les années 1930 pour réduire la consommation de riz et forger une identité nationale. Un plat traditionnel créé par décret.
À l’origine, le bol de restes de l’offrande aux ancêtres, qu’on mélangeait pour ne rien perdre. Comment un geste de piété est devenu un plat de restaurant.